• Sur Le Chemin de L'école ( Hiver 1950-51)

    Cette année, l'hiver est assez froid, gris, neigeux en Bourbonnais ou ailleurs. Je trouve que ça occupe bien les météorologues car franchement, on a vu pire .

    La Ch'tite Gâte se souvient de l'hiver 1950 qui fut aussi un hiver ordinaire dans le coin où elle habitait à l'époque , mais différent pour elle.

    Pourquoi celui de 1950-51 ? 

    A la Saint Martin 1950 ( 11 novembre ) ses parents avaient "fait Saint Martin " ce qui signifie changer de ferme. Les baux des fermes étaient faits du 11 novembre au 11 novembre .

    Maison 1 de 1944 à 1950 ( La Ch'tite Gâte et ses parents)

    Photo archives familiales 

     

    Sur Le Chemin de L'école en 1950

    Les parents de la Ch'tite Gâte avaient donc quitté la métairie où la gamine était née pour aller dans une ferme à environ 12 kilomètres. Ses parents n'étaient donc plus métayers, mais fermiers c'est à dire locataires d'une ferme. 

    Les bâtiments de cette ferme étaient assez agréables, mais elle était vraiment isolée " au milieu des bouchures " puisqu'elle se trouvait à 5 kilomètres du bourg du village et donc de l'école .

    Pour se rendre au bourg, il y avait un chemin évidemment. Mais en hiver, il était couvert de neige ou boueux. De plus,  un petit ruisseau le traversait .

    Depuis leur arrivée dans cette ferme, Le Piarre avait annoncé : " Vous n'allez pas faire tous ces kilomètres pour arriver à l'école aussi sales que des cochons. Et ça prendra trop de temps à La Tonine de vous accompagner !"Son frère n'ayant eu que 5 ans n'allait pas encore à l'école.

    Maison 2 :( ferme où ils habiteront de 1950 à 1953) La Ch'tite Gâte , son frère et leur papa près de la maison isolée de tout.

    Sur Le Chemin de L'école en 1950

     

    Donc , Le Piarre avait trouvé un plan B. La Ch'tite Gâte se souvient particulièrement de ce plan B, les jours d'hiver. Mais elle n'en garde pas un mauvais souvenir, même si elle détestait ce nouveau lieu si isolé .

    La rentrée de l' école était à 9 heures.

    Ce jour neigeux de janvier 1951, La Ch'tite Gâte  avait enfilé ses bottes de caoutchouc ( cadeau de noël   de sa grand-mère ) .Elle  était très fière d'avoir ces bottes. Mais elle savait en partant de chez elle  qu'elle  ne pourrait les montrer aux copines car elle  n'arriverait pas à l'école avec .

    La Ch'tite gâte et sa  maman devaient partir vers 8 h ( ou un peu avant ). La neige avait recouvert la cour, les prés C'est alors que Le Piarre annonça: " Oué me qui va t'emmener quo matin ! " Le Piarre ouvrit la barrière du premier pré qui donnait dans la cour juste à côté de la "pêche" ( la mare). Avec sa pelle, il enleva la neige pour qu'elle ne passe pas par-dessus les bottes. Il faisait la "calée". Tous les deux devaient aller dans le pré suivant. Pour passer par -dessus la bouchure ( la haie ) il y avait un échalier ( échailler en patois bourbonnais) comme il y en avait  dans tous les prés du coin ou presque. Après avoir traversé trois prés, ils arrivèrent  dans un hameau de 4 maisons .Ils  connaissaient bien  ces gens. Dans une des maison, habitait un "Grand" de 11 ans,  avec qui elle  avait  l'habitude d'aller à l'école. Et ce hameau-là  se trouvait près d'une route nationale.

    Habituellement, elle  quittait ses bottes boueuses et mettait ses sabots qui l' attendaient depuis la veille chez l'Ernest. Le Piarre lui mit des chaussettes sèches et les voilà équipés pour parcourir les 2 kilométres restants . Mais, ce jour-là,  la neige n'a pas fondu sur la route à proximité.  Donc Le Piarre prit les sabots, les mit dans le sac prévu et nous accompagna jusqu'à l'école. Evidemment, il a toujours la pelle à la main.

    Aller à l'école c'était une équipée depuis cette nouvelle maison. La Ch'tite Gâte avait son cartable en carton bouilli d'une main et son panier-repas en osier dans l'autre main.

    Nous devions déposer nos paniers au bistrot de L'Alice,  juste en face de l'école. A midi, elle faisait réchauffer nos "potons" ( pots ayant notre repas chaud de midi ). Et, ce jour-là,  c'est là que nous quittons bottes et chaussettes bien mouillées pour mettre chaussettes sèches et sabots. L'Alice fera sécher nos bottes pour le soir Mais cette année-là, nous n'avions pas tous des bottes ( je pense que c'était encore un peu un luxe ). Ceux qui étaient venus en sabots quittaient sabots et chaussettes dans la classe,  pour enfiler leurs pantoufles .Et les sabots étaient rangés autour du poêle de la classe.

    Les filles ne portaient ni pantalon, ni collant ( ça n'existait pas encore ). La Ch'tite Gâte se souvient que La Tonine lui avait tricoté des grande chaussettes  beige en laine ainsi que des mites ( moufles de la même couleur). Mais elle se souvient aussi que ces chaussettes  n'évitaient pas les engelures aux genoux et surtout aux orteils. D'ailleurs celles-ci étaient peut-être dues à la chaleur de la nuit apportée par le "cruchon" ( bouillotte en grés ).

    C'est le simple souvenir d'une journée d'hiver ordinaire dans un coin perdu de la campagne bourbonnaise . Heureusement, pour La Ch'tite Gâte et  son frère, nos parents redéménageront en 1953 pour habiter à 800 m environ  de l'école d'un autre village,  dans un hameau sympathique  en bord de route où Le Piarre et La Tonine vivront jusqu'à la fin de leurs jours. (Ils ont  quitté la ferme vers 1980 pour habiter une maison juste en face ). Et c'est dans ce hameau que naîtra leur Ch'tite soeur qui n'aura jamais franchi d'échaillier pour aller à l'école. Peut-être que ça lui aura manqué! happy

     

     

     


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